au Sud, les émeutes de la faim, au Nord les émeutes du pétrole?

Publié le par Fran

Nos marins, routiers, taxis, agriculteurs sont en colère: du fait de la hausse du prix du gasole leur profession est menacée. Du coup ils bloquent les raffineries, mettent en place des « opérations escargot », menacent le gouvernement de durcir leurs actions si celui ci ne diminue pas pour eux les taxes sur le carburant.

Un gouvernement censé oeuvrer pour le bien de tous et non les intérêts de quelques uns devrait pourtant leur dire la vérité: le pétrole pas cher, c'est fini...

Un pouvoir politique digne de ce nom devrait saisir cette opportunité pour remettre les choses en place: la hausse du carburant n'est pas due à une crise conjoncturelle mais bien à des causes structurelles: on s'approche d'une pénurie des énergies fossiles et il va falloir sèrieusement réfléchir à trouver de nouvelles pistes pour mieux gérer nos dépenses d'énergies.

N'est il pas absurde de vouloir continuer à consommer des ressources qui seront à l'avenir de plus en plus rares? N'est il pas totalement illusoire d'exiger une baisse du prix du gasole pour pouvoir encore le bruler comme on l'a fait jusqu'à présent, n'est il pas temps d' admettre ce qui semble encore impensable pour la majorité de nos concitoyens: le rationnement va devenir indispensable si on veut que nos descendants puissent bénéficier quelques temps encore du peu de réserves qu'on va leur laisser. En ces temps où l'hyper consommation est glorifiée comme participation de chacun à la relance de la sainte croissance ce terme de « rationnement » va sonner à l'oreille de beaucoup comme un véritable gros mot, et pourtant... Lisons à ce propos l'article paru dans le dernier n° de « la décroissance", et revenons à nos camions, heuu, moutons.

Mais c'est tout le contraire que fait notre gouvernement, en demandant à nos partenaires européens de diminuer les taxes sur les produits pétroliers afin de permettre à nos « professions menacées » de continuer leurs activités consommatrices de pétrole...

Qui aura le courage, puisque même notre super président se débine, lui pourtant si enclin à rouler des mécaniques, d'avouer aux marins qu'il est inutile de vouloir encore « attraper du poisson de plus en plus rare avec du gasole de plus en plus cher » (formule piquée au « Canard »), de dire aux routiers que le temps est venu pour la grande mutation des transports: la fin des milliers de camions qui traversent l'Europe pour convoyer des fraises cueillies en hiver au Maroc, mises en barquettes en Suède pour être mangées à Noël à Paris. Qui aura le courage de dire aux agriculteurs qu'ils vont devoir changer leur façon de travailler la terre, utiliser des tracteurs moins puissants et moins lourds, cesser d'utiliser des intrants chimiques à base de pétrole (engrais).

ça tombe bien: c'est justement ce que préconise le « Grenelle de l'environnement », dont notre Rolleix man de président est si fier, mais dont il ne veut pas voir combien les conclusions, pourtant bien timides au vu de l'urgence écologique, vont dans une direction totalement opposée aux revendications de nos professions « menacées ». N'oublions pas pour autant le citoyen que nous sommes tous: il va falloir apprendre à se désintoxiquer de la voiture, cette voiture à laquelle nous sommes si attachés, qui nous rend tellement de services, dont on a tellement de mal à se passer; mais le fait est pourtant là, et toutes les émeutes (oui oui, les émeutes de l'essence ne sont pas loin, déjà certains démagogues appellent les automobilistes à « bloquer les routes de France » pour du gazole à...1 €!) et les queues de plusieurs kilomètres aux pompes des stations service n'y changeront rien: on n'a pas d'autre choix...

Quelle formidable occasion portant de changer radicalement notre mode de produire et consommer... Nous avons à notre disposition tous les moyens pour mettre en oeuvre cette « révolution écologique » qu'appelle de ses voeux même le plus consensuel des écolos, le « gentil » Nicolas Hulot.

On ne va quand même pas attendre Sarko pour réfléchir ensemble à une sortie pacifique de l'ère du pétrole?

Publié dans Billets d'humeur

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pym 06/12/2009 12:18


à méditer :

Pourquoi nous lutterons CONTRE un accord à Copenhague
22 novembre 2009
D’ici quelques jours, des milliers de militants d’Europe et du monde entier convergeront vers Copenhague à l’occasion du sommet mondial sur le climat. Alors que les médias donnent la parole
exclusivement à ceux qui, parmi les gouvernants, les entreprises et les grandes ONG, appellent à un « accord ambitieux », nous serons nombreux dans les rues de la capitale danoise à agir contre la
signature d’un nouveau protocole. Et nous avons de bonnes raisons !
Kyoto 2, la bouée de sauvetage du capitalisme
Le sommet de Copenhague vise à trouver un accord entre les Etats sur la suite à donner au protocole de Kyoto, qui expire en 2012. Le projet sur la table des dirigeants est très semblable à celui de
Kyoto, c’est-à-dire qu’il est basé sur le commerce du carbone et même étends les sphères auxquelles le marché des émissions pourra être appliqué.
Au prétexte de réduire les émissions de gaz à effet de serre, on a commencé depuis 2005, date d’entrée en application de Kyoto, à faire du carbone, l’élément le plus basique de la vie sur terre,
une marchandise. L’accord de Kyoto n’est que cela. Toutes les réductions d’émissions auxquelles se sont engagés les pays riches depuis 1997 peuvent se monnayer en échange de la construction d’une
centrale hydraulique ici, d’une plantation de palmiers à huile là-bas.
Cet accord a-t-il permis de réduire les émissions ? Non, puisque depuis 1990, le volume d’émission a augmenté de 40%, et cela malgré la dégringolade des économies de l’ex-URSS et des « démocraties
populaires » qui ont largement participé à baisser le niveau des émissions en Europe.
Jamais la croissance des émissions n’a été aussi rapide que depuis que Kyoto est entré en vigueur. Mais à quoi sert ce protocole alors ? A faire de l’argent pardi ! Et, pour être plus précis, à
sauver le capitalisme mondial.
La guerre pour les ressources a commencé
Notre système économique a besoin, pour survivre, de produire toujours plus. C’est le principe même de la croissance et de l’accumulation du capital. Pour cela, il utilise toujours plus de
ressources naturelles, des ressources toujours plus rares, qu’il doit arracher aux communautés rurales qui en dépendent. Ces vingt dernières années, on a donc vu un accaparement exceptionnel des
richesses du monde par quelques dizaines de multinationales qui, pour prendre possession des terres, des réserves d’eau, des minerais et des ressources génétiques (semences et races animales) de la
planète, n’hésitent pas à assassiner, à jeter en prison, à terroriser et à affamer des centaines de millions de personnes. Le protocole de Kyoto participe à cet élan d’expropriation en lui offrant
une légitimité morale et un appui financier.
Les grandes entreprises ont un besoin particulièrement important d’énergie pour pouvoir continuer à produire en masse et à transporter les biens de consommation d’un bout à l’autre de la planète.
Le protocole de Kyoto permet aux pays riches d’éviter de réduire leurs émissions en finançant le développement d’énergies soi-disant « propres » dans le Sud.. Monocultures d’agro carburants,
barrages géants et mégaprojets éoliens sont ainsi mis en place. L’énergie est ensuite acheminée vers les centres industriels ou les pays riches. De façon quasi-systématique, les populations locales
sont chassées de leur territoire et n’ont aucun accès à l’énergie produite.
L’aspect durable de ces productions est plus que douteux : les plantations de maïs ou de palmiers à huile pour l’éthanol par exemple détruisent la biodiversité, consomment des quantités
gigantesques d’eau, sont aspergés d’engrais et de pesticides et s’étendent le plus souvent au détriment de la forêt primaire. Mais surtout, ces énergies renouvelables ne permettent en rien une
réduction des émissions de gaz à effet de serre, puisque la consommation d’énergies fossiles, loin d’être remplacée, continue elle-aussi de progresser. Il est prévue que la consommation énergétique
mondiale augmente de 50% d’ici à 2030, essentiellement grâce à la progression de la production de charbon, de gaz et de pétrole.
Malgré des investissements massifs, les énergies renouvelables ne constitueraient alors que 2% de la consommation totale [1]. Cette perspective, prise come référence par l’Agence Internationale de
l’Energie, est apocalyptique. Elle a néanmoins le mérite de montrer que les beaux discours sur les énergies renouvelables servent plus à légitimer une croissance généralisée de la production
d’énergie qu’à sauver le climat.
A Bali et à Poznan, les négociations ont visé à introduire de nouveaux secteurs dans le commerce du carbone : les forêts (via le mécanisme intitulé REDD) et les terres agricoles. Une entreprise
polluante en Europe pourra choisir de ne pas réduire ses émissions et compenser en achetant des crédits-carbone à une entreprise en Indonésie qui possède une forêt. Dors et déjà et alors même que
l’accord n’est pas encore signé, des investisseurs en recherche d’un placement « durable » commencent à acheter des territoires entiers au détriment des populations qui les habitaient [2]. Ils
vendent ensuite les crédits-carbone sur des marchés volontaires et font double-profit en commercialisant le bois. La protection de l’environnement est en quelques années devenu l’alibi le plus
commun pour expulser des communautés et laisser la place libre aux multinationales. Alors qu’en 2008 40 milliards d’ha de terres ont déjà été accaparées par les multinationales et certains pays
[3], Kyoto va encore accélérer l’expropriation des territoires des populations rurales.
Pauvres et coupables
Le changement climatique et le commerce du carbone n’offrent pas seulement la possibilité pour les grandes entreprises de s’emparer des richesses du monde, ils permettent aussi de justifier auprès
des travailleurs le retour de la rigueur. A Poznan lors du sommet sur la climat de 2008, de grandes pancartes affichées dans la gare centrale présentaient les 10 Commandements du 21e siècle. On
pouvait lire « Ne prends pas l’avion, Recycle, Utilise le vélo plutôt que la voiture, Evite tous les produits avec emballage plastique, Evite tous les produits venant de loin, N’achète pas à moins
d’être sûr que tu as besoin de ce produit, Ne produits pas plus de deux enfants, Ne fais rien qui nécessite des terres ou de l’eau jusqu’ici non-utilisées, Suis tous ces commandement de façon
facile et économique, pour toi et les autres ».
Chacun sais que les grands de ce monde ne fréquentent pas les gares, ce message ne leur était donc évidement pas destiné. Pendant qu’on s’évertue à convaincre la population de changer ses ampoules
et de fermer le robinet pour se brosser les dents, d’autres peuvent tranquillement continuer leur travail de pillage de la planète. Et nous faire la leçon pour accepter une petite réduction
salariale, quelques heures de travail en plus, au nom de la simplicité volontaire et de la solidarité avec les ours polaires.
Cet accaparement massif des richesses et le démantèlement des politiques sociales ont conduit à une explosion de la misère dans le monde. Un tiers des urbains habitent maintenant dans des
bidonvilles et un milliard de personnes ont faim (un milliard !). Jamais le fossé entre les plus riches et les plus pauvres n’a été si gigantesque. Le terme « pays en voie de développement » cache
pudiquement une vérité autrement plus crue : la pauvreté s’accroit. Dans le Sud, mais aussi dans nos pays soi-disant prospères.
Toujours plus de profits pour une catastrophe toujours plus proche
Pour une fois, soyons clairs : la crise climatique n’est qu’un aspect de la crise environnementale globale, qui elle-même n’est que le résultat de l’accaparement et de la surexploitation des
richesses naturelles par une poignée d’entreprises multinationales dans le seul but de faire du profit. La surconsommation des ressources naturelles, et notamment des énergies fossiles, ne visent
pas à alimenter, chauffer, abriter les gens, bref, à répondre aux besoins des populations, mais à produire des voitures, des gadgets, du soja transgénique, des voyages aux îles Baléares, pour
nourrir la croissance mondiale. Nous pillons la planète pour produire de l’inutile ! Et cela alors même qu’une personne sur six ne mange pas à sa faim !
Le monde regorge d’assez de richesses pour assurer à 9 milliards d’êtres humains une vie digne, mais pas pour produire toujours plus de biens superflus dans le seul but de garantir la pérennité
d’un système économique et financier basé sur la rémunération du capital (les taux d’intérêt sont le premier maillon qui justifie la croissance économique).
La question posée par le changement climatique est donc celle du partage des richesses. Kyoto, de même que l’accord proposé à la signature à Copenhague, accroissent l’inégalité de l’accès aux
richesses naturelles en accélérant la privatisation du monde. C’est pour cela que ces accords sont pour nous inacceptables.
Changeons le système, pas le climat !
C’est sous ce slogan que manifesteront le 12 décembre les partisans de la « justice climatique ». Une manifestation pour dire NON aux fausses solutions présentées dans le sommet officiel -non au
commerce du carbone, non aux agro carburants, non au nucléaire,...-, mais aussi et surtout pour proposer de vraies solutions. Le 16 décembre, Climate Justice Action [4] tentera de s’emparer de la
conférence po